INTRODUCTION

Les forêts et les ressources forestières font partie intégrante de la vie au Canada. À titre de gardiens de 10 % des forêts de la planète, les Canadiennes et les Canadiens accordent une importance considérable l’aménagement forestier durable. Les pressions exercées sur les ressources forestières vont toutefois croissant, et les valeurs des différents utilisateurs de la forêt s’affrontent souvent. Par conséquent, la population canadienne réclame plus d’informations, plus d’options, une plus grande participation aux décisions et un partage plus équitable des avantages. Le marché veut également avoir l’assurance que les produits canadiens proviennent de forêts aménagées de manière durable. Pour relever ces défis, les décideurs, les spécialistes et le public ont besoin d’outils pour définir et mesurer les progrès réalisés en matière d’aménagement forestier durable.

Le cadre des critères et indicateurs du Conseil canadien des ministres des forêts (CCMF) fournit un tel outil scientifique. Élaborés grâce à un vaste processus de consultation, les critères reflètent les valeurs de la population canadienne et cernent les éléments et les utilisations qu’elle veut renforcer ou soutenir, tandis que les indicateurs précisent les facteurs scientifiques qui permettent d’évaluer l’état des forêts et de mesurer les progrès dans le temps. Les critères et indicateurs favorisent le consensus autour du concept d’aménagement forestier durable. Tous ensemble, ils fournissent un cadre permettant de rendre compte de l’état des forêts, de leur aménagement et des réalisations dans la voie de la durabilité.

Le Bilan national 2005 est le deuxième rapport réalisé par le CCMF, à l’aide de son cadre des critères et indicateurs, sur les progrès du Canada en matière d’aménagement forestier durable. On y trouvera des données susceptibles de faire avancer le débat public et d’amener les décisions, résultats et mesures qui feront progresser le pays vers l’aménagement forestier durable. Même si les indicateurs ont été révisés en 2003, la majeure partie de l’information présentée dans ce rapport peut être comparée avec des données similaires présentées dans le Bilan national 2000, permettant au lecteur de constater de lui-même les changements et d’évaluer les progrès accomplis. Ce rapport est principalement destiné aux responsables de la politique forestière et aux décideurs du Canada ainsi qu’aux personnes s’intéressant à l’aménagement forestier durable au Canada et à l’étranger.

Ce rapport contribue de façon importante à l’engagement ferme du Canada d’élaborer et de mettre en oeuvre un cadre fiable permettant de définir et de mesurer les progrès accomplis par le pays dans l’aménagement durable de ses forêts et d’en faire état de façon rigoureuse. Fruit d’une collaboration à grande échelle entre le fédéral, les provinces et les territoires, il présente les meilleures données disponibles sur le sujet. De nombreux experts de tous les coins du pays ont contribué à sa préparation. Il présente de l’information détaillée et témoigne des progrès accomplis par les spécialistes dans la mesure et l’expression de la durabilité et reflète l’amélioration, ces dernières années, de la collecte et de la gestion des données. Quand les données à l’échelle nationales étaient lacunaires ou inenvisageables, les experts ont habilement rassemblé des données pertinentes en consultant des rapports de recherche régionaux ou des études de cas pour fournir une information raisonnable sur les indicateurs concernés et cerner les besoins. Partout dans ce rapport, les experts se sont efforcés de présenter des interprétations scientifiques et objectives des données afin de fournir à la population canadienne un portrait fiable des progrès accomplis et des obstacles à surmonter sur la voie de la durabilité. Pour faciliter l’interprétation, l’information du rapport est corrélée dans la mesure du possible aux visions ou aux objectifs de la population canadienne à l’égard de ses forêts et qu’on retrouve dans la Stratégie nationale sur la forêt ou dans d’autres ententes et conventions nationales ou internationales. Ce rapport, et tout le processus des critères et indicateurs, aidera les gouvernements évaluer l’efficacité de la réglementation existante, à orienter les politiques futures, à diriger l’information et la recherche, à guider les pratiques forestières et à préciser les attentes en matière d’aménagement forestier durable au Canada.

Des progrès considérables ont été accomplis depuis que le CCMF s’était engagé à élaborer son premier jeu d’indicateurs nationaux dans sa Stratégie nationale sur la forêt de 1992 intitulée Durabilité des forêts : Un engagement canadien. En 1995, le CCMF dévoilait son cadre de critères et indicateurs. En 2000, il publiait son premier rapport complet sur les critères et indicateurs. En 2003, il rendait public son cadre révisé. La Stratégie nationale sur la forêt 2003–2008 réitérait une fois de plus l’engagement du Canada envers l’aménagement forestier durable. L’une des mesures de la stratégie était de développer les compétences afin d’être capable de présenter au public des rapports fiables et rigoureux sur les critères et indicateurs. Le Bilan national 2005 fournit des preuves tangibles du respect de cet engagement. L’initiative des critères et indicateurs a certains avantages moins tangibles contribuant également réaliser cet objectif. Ainsi, grâce leur participation au processus, la communauté forestière et les intervenants sont maintenant mieux en mesure de faire connaître leurs valeurs, ce qui enrichit le débat sur l’aménagement forestier durable et contribue à assurer la pertinence des indicateurs. Pour leur part, les gouvernements membres du CCMF ont partagé l’information et les ressources à leur disposition. Ainsi, les meilleures données possibles, de toutes les parties du pays, ont été utilisées pour exprimer l’état de la situation, réduisant dans la foulée les coûts du processus de notification tout en faisant progresser l’expertise de chacun.

Il est important de se rendre compte que le processus des critères et indicateurs est un apprentissage permanent. Dans l’avenir, les valeurs de la société évolueront sans doute, les connaissances scientifiques sur les écosystèmes s’enrichiront, et des améliorations technologiques seront apportées à la collecte et à la gestion des données. Le pays fera des progrès dans sa capacité d’analyse de la situation et de déclaration des données, tout comme les attentes à cet égard. Avec l’expérience et l’acquisition du savoir, le Canada pourra améliorer la façon dont il définit, mesure et fait connaître ses progrès en aménagement forestier durable.

Le Processus de Montréal

À la suite de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, en septembre 1992, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a parrainé un séminaire international à Montréal sur le développement durable des forêts tempérées et des forêts boréales. Il s’agissait de la première discussion multinationale approfondie sur les critères et indicateurs de l’aménagement forestier durable, qui a débouché sur des initiatives internationales, dont l’une est aujourd’hui connue sous le nom de Processus de Montréal. En février 1995, lors d’une réunion tenue à Santiago au Chili, la Déclaration de Santiago a été publiée. Celle-ci avalise 7 critères nationaux et 67 indicateurs permettant de définir, de mesurer et de faire connaître les progrès accomplis en matière de «conservation et d’aménagement durable des forêts tempérées et des forêts boréales».

Le Processus de Montréal réunit aujourd’hui 12 pays membres où se concentrent 60 % des forêts de la planète et près de la moitié du commerce mondial des produits forestiers. Le Canada utilise le cadre des critères et indicateurs du CCMF pour s’acquitter de ses obligations de notification en vertu du Processus de Montréal. Les deux cadres sont compatibles, et nombre de valeurs qu’ils préconisent se rejoignent. Les pays membres du Processus de Montréal ont convenu de réaliser un examen des indicateurs durant 2005 et au début de 2006. La nouvelle version de 2003 du cadre des critères et indicateurs du CCMF sera à la base de la contribution du Canada à l’examen du Processus de Montréal, ce qui resserrera les liens entre les deux cadres. La participation du Canada au Processus de Montréal s’inscrit dans l’engagement pris par le pays de promouvoir l’aménagement forestier durable. Le Canada est fier d’héberger le bureau de liaison du Processus de Montréal, dont le soutien est généralement reconnu comme essentiel au succès des activités du Processus de Montréal. Celui-ci constitue une tribune internationale de collaboration, qui sert notamment à catalyser les efforts nationaux similaires et à promouvoir une vision commune de l’aménagement forestier durable et des moyens de le mesurer. Pour de plus amples renseignements sur le Processus de Montréal, veuillez visiter son site Web (http://www.mpci.org).


Jalons

Jalons et réalisations de l’initiative des critères et indicateurs du CCMF :

1992 Le Canada prend l’engagement, dans sa Stratégie nationale sur la forêt pour 1992–1998 (Durabilité des forêts : Un engagement canadien) d’élaborer un ensemble de critères et d’indicateurs pour l’aménagement durable de ses forêts;

1993 Le CCMF amorce un processus en vue d’élaborer un ensemble canadien de critères et d’indicateurs;

1995 Le CCMF approuve un cadre canadien de 6 critères et 83 indicateurs décrits dans la publication intitulée Définir la gestion durable des forêts : Une approche canadienne aux critères et indicateurs;

1997 Le CCMF publie Critères et indicateurs de l’aménagement durable des forêts au Canada : Rapport technique, un document qui décrit la capacité du Canada de rendre compte des indicateurs, et le rapport sommaire intitulé Critères et indicateurs de l’aménagement durable des forêts au Canada : Progrès à ce jour.

1998 Aux termes de la Stratégie nationale sur la forêt, le Canada prend l’engagement de publier un rapport sur les critères et indicateurs en 2000 et régulièrement après cette date. Il s’engage également améliorer le cadre national des critères et indicateurs;

2000 Le rapport intitulé Critères et indicateurs de l’aménagement durable des forêts au Canada : Bilan national 2000 est publié et fait état de 62 des 83 indicateurs du cadre du CCMF;

2001 Le CCMF amorce un processus public de révision de son cadre de critères et indicateurs;

2003 Le CCMF publie un document intitulé Définir la gestion durable des forêts : Critères et indicateurs 2003 qui décrit son cadre révisé de 6 critères et de 46 indicateurs;

2006 Le rapport intitulé Critères et indicateurs de l’aménagement durable des forêts au Canada : Bilan national 2005 fait état des 46 indicateurs du cadre du CCMF.


Cadre révisé des critères et indicateurs du CCMF
En 2003, à la suite de consultations avec la population canadienne, le CCMF a publié son cadre révisé des critères et indicateurs, qui comprend 6 critères et 46 indicateurs. Les six critères sont les suivants : 1. Diversité biologique, 2. État et productivité des écosystèmes, 3. Sol et eau, 4. Contribution aux cycles écologiques planétaires, 5. Avantages économiques et sociaux, et 6. Responsabilité de la société.

Le cadre révisé comprend moins d’indicateurs que celui de 1995, car il se concentre sur les indicateurs qui sont les plus proches des valeurs de la population canadienne, qui s’avèrent le plus souvent mesurables l’aide des données existantes et qui sont signifiants aux yeux des décideurs, des aménagistes et d’un public bien informé. Il conserve toutefois une certaine continuité avec le cadre de 1995, et nombre des valeurs dont traitent les indicateurs quantitatifs dans le cadre original sont visées par des indicateurs analogues dans le cadre révisé.

Afin de rendre le cadre révisé mieux accessible aux non-initiés, 36 indicateurs concernant les valeurs, les enjeux ou les préoccupations que la population canadienne a à coeur sont désignés comme indicateurs de base. Ceux-ci peuvent servir à sensibiliser le public et à cristalliser son attention sur le concept de l’aménagement forestier durable. Dix indicateurs d’appui complètent les indicateurs de base en fournissant de l’information détaillée.

Aucun critère ou indicateur ne peut à lui seul rendre compte de la durabilité. Il faut plutôt considérer les critères et indicateurs individuels dans le contexte de l’ensemble. De plus, les indicateurs révisés sont conçus pour faire un bilan à l’échelon national. Même si certains indicateurs se prêtent à l’analyse d’une écozone, d’une province et d’un territoire, leur objectif n’est pas d’évaluer directement la durabilité à l’échelle locale ou même au niveau de l’unité d’aménagement forestier. Cependant, par le passé, le cadre des critères et indicateurs du CCMF n’en a pas moins constitué un point de départ pour l’établissement de cadres infranationaux de critères et d’indicateurs, et le cadre révisé devrait permettre d’en faire autant.

Organisation du rapport
Chacun des six chapitres du rapport traite d’un des six critères qui, de l’avis de la population canadienne, constituent les éléments essentiels qui définissent l’aménagement forestier durable. Chacun débute par une description du critère et un bref résumé de l’information qu’il contient. Les critères sont analysés par indicateurs, lesquels sont regroupés en « éléments » traitant de questions similaires. Les éléments commencent par une synthèse de l’information présentée dans les indicateurs qu’ils regroupent et qui met en relief la pertinence de ces données pour l’aménagement forestier durable.

Dans la mesure du possible, le rapport souligne les tendances de chaque indicateur ainsi que les lacunes dans les données ou les besoins de recherches additionnelles. Puisqu’il vise à fournir de l’information afin d’améliorer le dialogue et la prise de décisions, il met en évidence, dans l’analyse des indicateurs, les progrès accomplis en matière de durabilité ainsi que les aspects à améliorer. Pour aider le lecteur à comprendre les répercussions sur la durabilité, des experts ont donné des explications scientifiques aux tendances observées. Puisque la plupart des décisions d’aménagement forestier incombent aux provinces et aux territoires du Canada, la plupart des indicateurs comportent peu de cibles ou de seuils nationaux. Toutefois, dans la mesure du possible, l’information présentée a été corrélée à la vision ou aux objectifs énoncés dans la Stratégie nationale sur la forêt ou dans d’autres ententes ou conventions nationales ou internationales. De plus, une comparaison de la situation passée et actuelle, quand les données historiques sont disponibles, fournit une importante toile de fond d’un indicateur, permettant de déterminer le sens et le rythme d’évolution d’une tendance, aspects importants quand on veut orienter les décisions en matière de politique et d’aménagement.

Disponibilité et exhaustivité des données
En raison du caractère particulier et global des indicateurs, les données de ce rapport ont été compilées auprès de divers organismes et institutions du fédéral, des provinces et des territoires. Pour certains indicateurs, les données étaient limitées ou étaient indisponibles parce que les systèmes de surveillance et de gestion n’étaient pas toujours en place et que, de ce fait, les données étaient incomplètes, non recueillies, non compilées ou en l’occurrence non disponibles pour ce rapport. En l’absence de données nationales, on a réuni et synthétisé de l’information provenant de projets de recherches régionaux ou locaux, ou d’autres données qualitatives, afin de permettre au lecteur d’avoir une idée de l’état de l’indicateur.

Pour aider le lecteur à interpréter l’information du rapport, on présente au début de chacun des 46 indicateurs, et dans l’annexe, une évaluation de la disponibilité et de l’exhaustivité des données. Cette évaluation porte sur les trois aspects suivants : la couverture géographique (variant de simples études de cas à une couverture nationale complète), la fiabilité des données (mesure dans laquelle les données sont à jour) et la fréquence de compilation des données. Trois catégories d’évaluation des données (voir ci-dessous) sont utilisées dans chaque compte rendu détaillé des indicateurs. Dans certains cas, le compte rendu de l’indicateur s’appuie sur des données provenant de plusieurs sources comportant des divergences dans la couverture géographique, le niveau de fiabilité et la fréquence de compilation. Cette information contribuera entre autres à canaliser et à ordonner les efforts d’amélioration de la collecte de données et à diriger la recherche scientifique pour améliorer à l’avenir notre exposé de l’état de la situation.

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