SURVOL DES PRINCIPALES ÉCOZONES FORESTIÈRES DU CANADA

Le Canada est un pays de forêts. Les superficies forestières recouvrent en effet 41 % de son territoire, et représentent 10 % des forêts de la planète et environ 30 % de la forêt boréale. Cette ressource joue un rôle important dans le bien-être économique, social et spirituel de la population canadienne.

Le Canada est dans une situation unique puisque la plupart de ses forêts (93 %) appartiennent au domaine public. Les 7 % restants appartiennent à plus de 425 000 propriétaires privés. Dans la majorité des cas, l’aménagement forestier est de compétence provinciale ou territoriale.

Le Canada est le plus grand exportateur de produits forestiers au monde. Pour maintenir la prospérité du pays, il est important que le secteur forestier soit en bonne santé économique puisqu’il génère 30 % de tous les investissements dans le secteur manufacturier. Les forêts offrent des zones de nature sauvage pour le mieux-être culturel, spirituel et récréatif de toute la population canadienne et des touristes qui visitent le Canada. Elles soutiennent une importante industrie récréotouristique qui prend de plus en plus d’expansion.

Le Canada comprend une grande diversité d’écosystèmes forestiers et d’essences forestières. Le Cadre écologique national pour le Canada 1996 (carte détachable des écozones terrestres du Canada à la fin du document) subdivise le pays en 15 écozones terrestres, 53 écoprovinces, 194 écorégions et plus de 1 000 écodistricts (Groupe de travail sur la stratification écologique, 1996; Marshall et Schut, 1999). Ces subdivisions ont été délimitées en fonction des interactions des facteurs géologiques, paysagers, pédologiques, végétaux, climatiques, fauniques, hydriques et humains. La majeure partie des forêts du Canada sont situées dans les limites des huit écozones décrites ci-dessous (Wilken, 1986; Wood et Addison, 1997; Urquizo et al., 2000).

Taiga Plains

L’écozone de la taïga des plaines est bordée à l’ouest par les chaînes de la Cordillère, à l’est par le Grand lac de l’Ours et le Grand lac des Esclaves, au nord par le delta du Mackenzie et au sud par les forêts denses de l’écozone des plaines boréales. Les étés y sont courts et frais et les hivers longs et froids en raison des masses d’air arctique dont l’influence se fait ressentir la majeure partie de l’année.

Cette écozone est boisée à 57 %, mais son volume de bois sur pied à l’hectare est relativement faible. Le mot « taïga », d’origine russe, signifie littéralement « terre de petits arbres chétifs » et désigne la lisière septentrionale de la forêt résineuse boréale. La taïga des plaines est une zone de transition entre la toundra arborée mixte et la forêt résineuse dense. Elle est dominée par l’épinette noire, une essence à croissance lente qui forme généralement des peuplements clairs. Dans les plaines alluviales riches en éléments nutritifs qui bordent les grands cours d’eau, l’épinette blanche et le peuplier baumier atteignent des dimensions comparables aux sujets les plus grands de la forêt boréale. Le Mackenzie, qui est le plus long fleuve du Canada, domine l’écozone, et sa vallée est l’un des couloirs migratoires d’Amérique du Nord les plus fréquentés par la sauvagine qui niche sur les côtes de l’Arctique.

Soixante pour cent des 32 929 habitants de l’écozone (densité de 0,05 hab./km2) sont autochtones. L’exploitation minière, l’extraction du pétrole et du gaz et, dans une certaine mesure, l’exploitation forestière et le tourisme caractérisent l’activité économique de l’écozone.

L’écozone de la cordillère boréale comprend des secteurs du nord de la Colombie-Britannique et du sud du Yukon. Elle subit l’influence du Pacifique qui modère les températures dans la majeure partie de son territoire. Le climat y est caractérisé par des hivers longs et froids et des étés courts et chauds.

Boreal Cordillera

Cette écozone est boisée à 51 %. Son couvert forestier varie de dense à clair. On y trouve l’épinette blanche, l’épinette noire, le sapin subalpin, le pin tordu, le peuplier faux-tremble, le peuplier baumier et le bouleau à papier. Ces essences occupent le territoire jusqu’à la limite des arbres à une altitude qui varie de 1500 m, au sud-est, à environ 1200 m au nord-ouest, Les peuplements sont généralement clairsemés. Le pin tordu et le sapin subalpin sont pratiquement absents. Les communautés arbustives de bouleau et de saule sont communes dans la forêt subalpine et s’étendent jusque dans la toundra alpine, au-delà de la limite des arbres. Des champs permanents de neige et de glace se rencontrent en montagne, le long de la limite occidentale de l’écozone.

Cette écozone est peu peuplée, et la majeure partie de ses quelque 28 038 habitants (densité de 0,06 hab./km2) est établie dans les grandes agglomérations, Whitehorse et Dawson City. L’activité économique dominante est l’exploitation minière, suivie par l’exploitation forestière, le tourisme et le développement hydroélectrique. On y pratique un peu d’agriculture dans les grandes vallées.

L’écozone des plaines boréales s’étend de la rivière de la Paix (Colombie-Britannique), dans le nord-ouest, jusqu’au coin sud-est du Manitoba. Elle fait partie de la forêt boréale. Contrairement à l’écozone du bouclier boréal, située juste à côté, l’écozone des plaines boréales présente peu d’affleurements rocheux, moins de lacs, une proportion plus élevée de terrains non boisés et quelques terrains privés.

Boreal Plains

Soumis à de fortes influences continentales, le climat se caractérise par des hivers froids et des étés modérément chauds. Le pin gris, le pin tordu, l’épinette blanche, l’épinette noire et le mélèze laricin sont les principaux conifères. Des peuplements mixtes de peuplier faux-tremble et d’épinette blanche occupent les stations riches en éléments nutritifs. Ils sont soumis à un régime sylvicole en deux étapes dont la première consiste à récolter le couvert dominant de peuplier faux-tremble tout en protégeant les épinettes blanches de grande valeur du sous-étage.

La population de cette écozone est de 731858 habitants (densité de 1 hab./km2). Les terres y sont principalement affectées aux utilisations suivantes : agriculture, exploitation forestière, prospection et exploitation minière, pétrolière et gazière, chasse, piégeage, loisirs de plein air et tourisme.

Boreal Shield

L’écozone du bouclier boréal s’étend de l’extrémité est de Terre-Neuve jusqu’à l’angle nord-est de l’Alberta. D’une superficie de 195 millions d’hectares, c’est laplus vaste écozone du Canada, comprenant près de 20 % du territoire du pays et 22 % de ses eaux douces. On trouve dans cette écozone la partie supérieure de nombreux grands bassins versants, dont ceux du fleuve Nelson et de la rivière Churchill au Manitoba, du fleuve Saint-Laurent en Ontario et des rivières Eastmain, Rupert, Nottaway et Broadback au Québec. Ces vastes étendues d’eau attirent des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs et fournissent d’importants habitats aux poissons et à d’autres organismes aquatiques.

L’écozone du bouclier boréal possède un climat fortement continental caractérisé par des hivers longs et froids et des étés courts et chauds, sauf dans les secteurs côtiers où le climat est modéré par les conditions maritimes. La végétation y résulte des températures froides, d’une courte saison de croissance, de fréquents feux de forêt et de sols acides. L’écozone est boisée à plus de 74 % et demeure sauvage dans une large mesure. Elle se caractérise par des peuplements denses de conifères, surtout l’épinette blanche, l’épinette noire, le sapin baumier et le mélèze laricin. Vers le sud, certains feuillus sont plus fréquents, comme le bouleau à papier, le peuplier faux-tremble et le peuplier baumier, ainsi que d’autres conifères comme le pin blanc, le pin rouge et le pin gris. La croissance des arbres et le volume ligneux sont inférieurs à ceux de la plupart des autres écozones forestières du Canada.

L’exploitation forestière et la lutte contre les incendies ont entraîné une augmentation de la proportion de sapin baumier dans les peuplements, généralement au détriment de l’épinette blanche. Dans l’est de l’écozone, le sapin baumier est souvent l’essence dominante, mais la difficulté consiste à le protéger contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette (ravageur indigène qui peut être destructeur lors des grandes infestations) pendant une période assez longue pour que les arbres atteignent l’âge d’exploitabilité ou les dimensions suffisantes permettant de le récolter. Dans le centre et l’ouest de l’écozone, le sapin baumier est une composante du sous-étage des peuplements mixtes boréaux, mais il ne présente pas un aussi grand intérêt commercial que dans l’est. Dans les basses terres, l’épinette noire forme des peuplements presque purs. Dans cette écozone, la régénération naturelle est privilégiée, en partie pour préserver la diversité génétique et structurale des peuplements. L’exploitation et la lutte contre les incendies dans l’ensemble de ce territoire ont également favorisé l’établissement de feuillus au détriment des conifères, notamment dans les forêts mixtes boréales et dans les peuplements de pin rouge et de pin blanc de la partie sud.

Avec une population de 3 060 830 habitants (densité de 1,6 hab./km2), l’écozone du bouclier boréal abrite environ 10,2 % de la population canadienne. Près de 60 % de cette population vit dans des centres urbains, dont le plus important est St. John’s (Terre-Neuveet- Labrador). De nombreuses villes doivent leur existence aux richesses naturelles abondantes de l’écozone. Selon des estimations publiées en 2000, l’extraction minière et l’exploitation forestière donnent chacune de l’emploi à 5,4 % de la population active, les pêches et l’agriculture représentant respectivement 2,5 et 2,2 % (CCMF, 2000). Au nombre des autres activités commerciales figurent l’hydro-électricité, les loisirs nautiques et le tourisme, ainsi que la chasse, le piégeage et la pêche commerciale et de subsistance.

L’écozone maritime du Pacifique forme une mince bande le long de l’océan Pacifique. Elle jouit des conditions climatiques les plus douces et les plus humides du Canada. En comparaison du reste du pays, la température mensuelle moyenne varie peu au cours de l’année.

Cette écozone comprend une part à peu près égale de terrains forestiers et non forestiers. Le relief montagneux domine le paysage, traversé par nombre de fjords et vallées glaciaires et bordé par des plaines côtières le long du Pacifique. Le territoire se distingue par des arbres immenses, des pentes abruptes et des forêts anciennes à intervalles très longs entre les perturbations telles que les incendies ou les tempêtes de vent.

Pacific Maritime

L’exploitation forestière est l’activité principale. La productivité et les coûts d’exploitation des forêts sont les plus élevés du pays. Les basses terres de la vallée du Fraser et la pointe sud-est de l’île de Vancouver sont occupées par de vastes étendues de terres agricoles très productives et de terrains urbains. Parmi les autres activités économiques importantes, on compte la pêche, les transports et le tourisme. La population totale de 3 028 745 habitants (densité de 14,5 hab./km2) est concentrée à Vancouver et dans le Lower Mainland, ainsi qu’à Victoria.

L’écozone de la cordillère montagnarde est nichée entre l’écozone maritime du Pacifique, celle des plaines boréales et celle de la cordillère boréale. C’est la plus complexe de toutes les écozones et elle présente une diversité topographique et climatique exceptionnelle. Elle est traversée du nord au sud par plusieurs chaînes de montagnes, mais elle comprend également plusieurs plaines intérieures, sans compter le seul véritable désert du Canada. Sa végétation varie selon l’altitude et l’exposition. Elle va de la toundra alpine à une forêt coniférienne dense qui ressemble à la forêt côtière, en passant par une forêt subalpine où domine le sapin subalpin et l’épinette d’Engelmann, sans oublier les prairies sèches à armoise arbustive. L’écozone compte plus de 11000 lacs et 7 grands réseaux fluviaux, dont les cours supérieurs du Fraser et du Columbia.

Montane Cordillera

L’écozone de la cordillère montagnarde est un écosystème dominé par le feu. Environ 73 % de sa superficie est couverte de forêts. En raison de la lutte énergique contre le feu qu’on y a pratiquée, les forêts appartenant à des classes d’âge supérieures sont trop nombreuses et sont de plus en plus exposées à des incendies catastrophiques et à des invasions d’insectes, comme les scolytes, dont l’impact est tout aussi grave. Cette écozone se classe au deuxième rang, derrière l’écozone maritime du Pacifique, pour son volume de bois sur pied.

L’exploitation forestière est une activité économique importante dans cette écozone, surtout dans les portions intérieures nord. L’exploitation minière, la production de gaz et de pétrole et le tourisme comptent parmi les autres activités économiques importantes. Une série de parcs nationaux et provinciaux a été créée dans les Rocheuses et la chaîne Columbia à des fins récréatives et pour la protection de l’habitat faunique. L’écozone de la cordillère montagnarde est beaucoup moins urbanisée que l’écozone maritime du Pacifique, mais plus de la moitié de ses 927 348 habitants (densité de 1,9 hab./km2) vivent dans des villes comme Prince George, Kelowna, Kamloops, Penticton et Vernon.

L’écozone des plaines à forêts mixtes couvre la vallée des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent. Elle représente l’extrémité nord du biome de la forêt feuillue qui occupe la majeure partie de l’Est des États-Unis. Le climat y est caractérisé par des étés chauds et humides et des hivers froids. Sa situation géographique, ses cours d’eau navigables et la combinaison d’une topographie douce, de sols fertiles, d’une saison de croissance chaude et de pluies abondantes en ont fait la région la plus densément peuplée et la plus intensément exploitée du Canada.

Mixedwoods Plains

Jadis couverte de forêts, l’écozone des plaines à forêts mixtes comportait alors une plus grande diversité d’arbres et de plantes que toute autre écozone duCanada. Son couvert forestier est aujourd’hui légèrement supérieur à 20 %, formé de peuplements mixtes (conifères et feuillus) dans sa partie nord et de peuplements feuillus très diversifiés dans la forêt carolinienne au sud-ouest, près de Windsor (Ontario). Mais la majeure partie de la forêt feuillue a été éliminée pour faire place à l’agriculture, aux vergers, aux autoroutes et aux villes. Après deux siècles de colonisation et de développement, on y observe un paysage caractéristique marqué par une mosaïque fragmentée d’exploitations agricoles, de zones urbaines et de vestiges d’aires naturelles. Les pressions exercées sur les boisés qui subsistent devraient s’intensifier avec la croissance de la population humaine de l’écozone.

Cette écozone touche le littoral de trois des Grands Lacs et comprend d’importants écosystèmes aquatiques, complexes industriels et zones récréatives. Les industries manufacturières et de services sont les activités économiques dominantes. Environ 51 % de la population du Canada, soit 15 435173 personnes (densité de 93,6 hab./km2), habite cette écozone. Près de 85 % des résidants vivent dans les centres urbains de l’axe Québec–Windsor, où sont situées les deux plus grandes villes du Canada, Montréal et Toronto. L’écozone maritime de l’Atlantique couvre la totalité de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard, et une partie du Québec. L’océan Atlantique y génère un climat maritime humide et frais. L’écozone est couverte de nombreuses forêts composées de peuplements mixtes de conifères et de feuillus. La colonisation par les Européens y remonte à très longtemps, et la majeure partie des forêts d’origine ont été incendiées ou exploitées au moins une fois au cours des deux derniers siècles.

Atlantic Maritime

BIBLIOGRAPHIE


(CCMF) Conseil canadien des ministres des forêts. 2000. Critères et indicateurs de l’aménagement durable des forêts au Canada : Bilan national 2000. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts. Ottawa. 124 p.

Groupe de travail sur la stratification écologique. 1996. Cadre écologique national pour le Canada. Agriculture et Agroalimentaire Canada, Centre de recherche sur les terres et les ressources biologiques, et Environnement Canada, Direction générale de l’état de l’environnement, Direction de l’analyse des écozones. Ottawa (Ontario)/Hull (Québec). 144 p. + carte.

Marshall, I.B.; Schut, P.H. 1999. Un cadre écologique national pour le Canada. Environnement Canada, Direction générale de la science des écosystèmes, et Agriculture et Agroalimentaire Canada, Direction de la recherche. Ottawa (Ontario).

Urquizo, N.; Bastedo, J.; Brydges, T.; Shear, H. (dir. de publ.). 2000. Évaluation écologique de l’écozone du bouclier boréal. Environnement Canada, Service de conservation de l’environnement, Bureau des indicateurs et de l’évaluation. Ottawa (Ontario). 78 p.

Wiken, E.B. (compilateur). 1986. Écozones terrestres du Canada. Série de la classification écologique du territoire, no 19. Environnement Canada, ECS-1AO. Hull (Québec). 27 p. + carte.

Wood, J.; Addison, P. (compilateurs). 1997. Les forêts du Canada. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts, Réseau de recherche sur les effets des pratiques forestières. Victoria (Colombie-Britannique) http://www.pfc.forestry.ca/canforest/index_f.html. (Consulté en mars 2005)