DIVERSITÉ BIOLOGIQUE ÉTAT ET PRODUCTIVITÉ DES ÉCOSYSTÈMES SOL ET EAU CONTRIBUTION AUX CYCLES ÉCOLOGIQUES PLANÉTAIRES AVANTAGES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX RESPONSABILITÉ DE LA SOCIÉTÉ
Avantages économiques Répartition des avantages Durabilité des avantages
Indicateur 5.3.1 - Récolte annuelle de produits ligneux par rapport au niveau de récolte jugé durable Indicateur 5.3.2 - Récolte annuelle de produits non ligneux par rapport au niveau de récolte jugé durable Indicateur 5.3.3 - Rendement du capital investi Indicateur 5.3.4 - Indice de productivité Indicateur 5.3.5 - Emplois directs, indirects et induits Indicateur 5.3.6 - Revenu moyen dans les principales catégories d'emploi
Indicateur 5.3.2 - Récolte annuelle de produits non ligneux par rapport au niveau de récolte jugé durable
Indicateur d'appui


Les produits forestiers non ligneux (PFNL), qui comprennent des centaines de produits végétaux et tous les produits qui proviennent directement ou indirectement des organismes vivants des écosystèmes forestiers, contribueraient pour environ un milliard de dollars à l'économie canadienne (Indicateur 5.1.4). À en juger par la demande croissante de PFNL et de leurs produits à valeur ajoutée, il est important de coordonner les activités de l'industrie forestière avec celle de l'industrie des PFNL.

Les PFNL offrent des avenues de développement économiques, notamment dans les collectivités rurales et autochtones où ils fournissent diverses formes de revenus à une plus grande partie de la population que l'industrie forestière conventionnelle. Bien que les PFNL fassent partie de cultures traditionnelles depuis des siècles, leur demande mondiale va maintenant grandissant. Cependant, les PFNL forment toujours une industrie naissante, mal coordonnée et nécessitant un cadre réglementaire et stratégique garantissant sa bonne gestion et son expansion disciplinée.

Il faut éclaircir plusieurs questions fondamentales afin que les PFNL réalisent leur potentiel. Par exemple, la recherche en sociologie doit déterminer comment l'inclusion dans l'aménagement forestier de considérations liées aux PFNL pourrait améliorer le bien-être collectif des collectivités. Il sera utile d'élaborer des indicateurs sociaux qui permettront de suivre l'amélioration du bien-être collectif procuré par les PFNL aux collectivités forestières.

Étant donné que les PFNL proviennent souvent de la même assise territoriale que les produits ligneux, il faudra peut-être, dans certains cas, faire un choix entre la récolte des produits ligneux traditionnels et la récolte des PFNL. D'un point de vue économique, il est donc essentiel de déterminer comment maximiser la valeur des PFNL et des produits ligneux extraits de la forêt.

De plus, il faut aborder la question des cadres stratégique, juridique et réglementaire encadrant la récolte, la transformation et la commercialisation des PFNL. Une bonne partie des PFNL est actuellement extraite de terres privées et produite par des particuliers et n'est donc pas comptabilisée ni assujettie à la réglementation. En l'absence de cadres réglementaires, la demande sur le marché pourrait donc faire augmenter rapidement la récolte de PFNL jusqu'à des niveaux non durables. Tedder et al. (2002) ont abordé les enjeux complexes liés à la gestion des droits de propriété en Colombie-Britannique, mais les pistes de solution n'ont pas encore été mises à l'essai.

Enfin, il faut que la recherche détermine quels sont les PFNL disponibles dans les différents types forestiers et classes d'âge, et les réserves réelles de ces produits devraient être surveillées afin d'établir les niveaux de récolte durable dans différentes conditions. Ces derniers sont nécessaires si l'on veut être capable de rendre compte de cet indicateur. Il sera également important de définir les pratiques de gestion idéales pour accroître de manière durable les rendements en PFNL; toutefois, cette tâche sera difficile à accomplir en raison du large éventail de PFNL et de conditions qu'on retrouve au Canada.

La recherche sur les PFNL soulève de plus en plus d'intérêt dans l'ensemble du pays. Les exemples suivants donnent un aperçu des efforts actuellement déployés pour améliorer la durabilité de l'extraction des PFNL :
  • L'Université Royal Roads de Victoria, en Colombie-Britannique, a récemment mis sur pied un centre sur les ressources non ligneuses (Centre for Non-Timber Ressources) qui vise à promouvoir l'utilisation durable des ressources non ligneuses par le biais de la recherche, de l'éducation, du renforcement des capacités, de l'élaboration de politiques et de l'intendance. Elle offre des cours sur divers aspects de la gestion des PFNL (http://www.royalroads.ca).
  • Le Northern Forest Diversification Centre (NFDC, http://www.nfdc.ca/about.htm) du Manitoba sert de centre de recherche, de formation, de commercialisation et de vente pour les PFNL. Il s'intéresse à plus de 300 produits, allant de produits végétaux jusqu'aux couronnes et guirlandes et aux articles autochtones. Le NFDC collabore actuellement avec l'Université Royal Roads à la mise sur pied d'un réseau de PFNL dans l'Ouest du Canada qui s'étendrait du Manitoba au Yukon.
  • La forêt collective Harrop-Procter est située dans la région de West Kootenay en Colombie-Britannique, dans l'une des rares forêts pluviales de l'intérieur qui existent encore dans le monde. Elle a à cour la gestion des PFNL et est en fait la première entente ou tenure dans la province à englober la récolte des PFNL (http://www.hpcommunityforest.org/).
  • Au Québec, le Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (http://leadercsa.com/) offre des cours sur la gestion des PFNL. De même, le Centre québécois de valorisation des biotechnologies (http://www.cqvb.qc.ca/) s'occupe de gestion des PFNL et l'un de ses projets de transfert technologique concerne la production de taxanes à partir de l'if du Canada au Québec dans le but de produire le Taxol®, un médicament contre le cancer (voir encadré).
  • Enfin, le Falls Brook Centre (http://www.fallsbrookcentre.ca/) du Nouveau-Brunswick, qui s'intéresse également à la durabilité de l'if du Canada et participe au Groupe de travail de l'Est canadien sur l'if du Canada (GTECIC - http://www.atl.cfs.nrcan.gc.ca), s'emploie à promouvoir l'inclusion des PFNL dans l'aménagement durable des forêts.

Traiter le cancer avec le Taxol® provenant de l'if du Canada

L'if du Canada ( Taxus canadensis) est une source du produit précurseur avec lequel on obtient le paclitaxel (Taxol®), un médicament contre le cancer. La récolte de l'if du Canada est confrontée au vol et à de nombreux exemples de récolte non durable, avec un volume de récolte annuel de 680 000 à 2,2 millions de kilogrammes. Selon les estimations, 400 kg de paclitaxel sont commercialisés chaque année en Amérique du Nord et en Europe, la production mondiale étant estimée à 800-1 000 kg. Pour produire 1 kg de paclitaxel, il faut une biomasse d'environ 30 000 kg de Taxus. De plus, la demande mondiale pour l'if du Canada croît de 20 % par année (Smith et Cameron, 2001), ajoutant aux pressions exercées sur les populations sauvages. Le Groupe de travail de l'Est canadien sur l'if du Canada (GTECIC), composé de représentants des services fédéral et provinciaux des forêts, de producteurs et d'exploitants du secteur privé et de producteurs de paclitaxel, demande l'aménagement durable de la ressource qui est menacée par le recours trop fréquent à des techniques inadéquates de récolte.

L'espèce récoltée à l'origine pour produire le paclitaxel était l'if de l'Ouest ( Taxus brevifolia) qui, au Canada, est surtout présent en Colombie-Britannique. Malgré une utilisation plus rationnelle de cette espèce, sa récolte excessive a entraîné de graves réductions des populations et des restrictions à l'exportation. L'industrie mondiale du paclitaxel exerce maintenant des pressions grandissantes sur l'if du Canada, une espèce présente dans les provinces situées à l'est de la Saskatchewan. Au Canada atlantique, les niveaux actuels de la récolte annuelle sont estimés à trois millions de kilogrammes de biomasse de feuillage et de ramilles, ce qui permet de produire environ 100 kg de taxanes. Bioxel Pharma, une société établie au Québec, prévoit arriver à produire plus de 500 kg de taxanes par année, d'une valeur approximative de 150 millions de dollars, ce qui permettra de traiter environ 300 000 patients (Fondation de la faune du Québec, 2004).

En réponse aux pressions de plus en plus fortes exercées par la récolte, le GTECIC a élaboré des directives et des principes de récolte accompagnés de critères et d'indicateurs afin de mettre sur pied une industrie durable de l'if du Canada au pays. Ces principes de récolte prévoient notamment le respect des textes en vigueur - législation et réglementation provinciales et fédérales et traités internationaux -; la conservation de la biodiversité, des sols et de l'eau dans les sites de récolte; la mise en place d'activités de surveillance et de suivi visant à garantir que la récolte respecte les objectifs de durabilité; et la diffusion, aux exploitants commerciaux et propriétaires fonciers de toute l'information possible sur la récolte durable de cette biomasse. Des recherches sur les méthodes de multiplication artificielle, la culture commerciale et l'identification des souches d'« élites » de l'if du Canada sont en cours.

Pour montrer son engagement envers l'aménagement durable de cette ressource, Bioxel Pharma a créé un fonds pour la biodiversité, géré par la Fondation de la faune du Québec, un organisme sans but lucratif voué à la conservation de la faune, afin d'appuyer différents projets de recherche sur l'if du Canada et sur les espèces sauvages qui lui sont associées.

Certains PFNL ont une longue histoire de surexploitation qui offrent des enseignements précieux aux aménagistes. Le ginseng à cinq folioles (Panax quinquefolius) est probablement l'un des exemples les mieux connus de PFNL qui a autrefois fait l'objet d'une cueillette non durable en raison de ses propriétés médicinales très prisées. Plante vivace d'une grande longévité, le ginseng est maintenant une espèce en voie de disparition au Canada, et les exportations de ginseng sauvage sont maintenant interdites. Malgré le succès de la culture commerciale du ginseng au Canada, dont les exportations s'élevaient à 2 300 t en 2002, pour une valeur de 75 millions de dollars, du ginseng sauvage est toujours vendu sur le marché canadien et ses populations sauvages continuent à décliner. Le ginseng sauvage est en effet perçu comme ayant des propriétés médicinales supérieures, et sa valeur économique est 10 fois plus élevée que celle du ginseng cultivé (AAFC, 2000). Des activités de rétablissement de l'espèce ont déjà été entreprises, et du ginseng sauvage est maintenant marqué afin de décourager la cueillette illégale.

Un autre récit édifiant est celui du tricholome des pins (Tricholoma magnivelare). En Colombie-Britannique, une industrie de 20,7 millions de dollars (Wills and Lipsey, 1999) repose sur ce champignon ectomycorhizien qui est associé à des arbres résineux vivants exploités pour la fibre. Il faut donc coordonner la cueillette du champignon avec la récolte des produits ligneux. Malheureusement, la cueillette du tricholome des pins est souvent anarchique de sorte que les organismes gouvernementaux possèdent peu de données sur les volumes de champignons cueillis dans une région donnée et ne savent pas très bien si des pratiques de cueillette douteuses sont utilisées. En raison de ce manque d'information, il est difficile, voire impossible pour ces organismes de déterminer si les ressources sont récoltées ou non de manière durable et s'il y a des incidences à long terme pour leur rythme d'extraction. La recherche permet toutefois de comprendre un peu mieux la biologie de ce champignon. Des chercheurs ont cerné les conditions du milieu que préfère ce champignon, et des inventaires ont été dressés pour localiser l'habitat potentiel du tricholome des pins. Enfin, certains essais ont été effectués afin d'évaluer l'impact de divers régimes d'exploitation sur la production de champignons mycorhiziens (Kriese, 2000).

Le cas de l'if du Canada (voir l'encadré) est la preuve qu'il est possible de passer de l'exploitation excessive d'une ressource à une utilisation durable qui engendre des avantages substantiels.